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ECOLE LIAO CH'AN QI GONG - Qi Gong/ Méditation/ Médecine Chinoise   www.ecole-qigong.com

AVEC MON PROFONDE GRATITUDE POUR MAÎTRE NAN

27 Juillet 2014 , Rédigé par liao chan qi gong

AVEC MON PROFONDE GRATITUDE POUR MAÎTRE NAN

 

Nuage au Ciel,

Eau dans le Vase de Terre

-

 quelques souvenirs des rencontres avec

Maître Nan Huai Chin

 

 Extrait du livre Fleur de Chine- Parfum de sagesse Ch'an
 écrit par Liao Yi LIN
 

 

 

Il y a mille ans, un poète rendit visite à un maître de Ch’an, il voulait en savoir plus sur la Voie, sur la vie...

 

Le maître ne dit rien mais dirigea son regard vers le ciel, et montra du doigt un vase devant lui.

 

Le poète comprit et il écrivit :

 

“Je viens vous demander la Voie,

vous ne m’avez rien dit.

Nuage au ciel,

eau dans le vase de terre.”

 

 

Depuis quinze ans, je me suis immergée dans la trentaine de livres qui restituent l’enseignement de Nan Huai Chin. Notre première rencontre, il y a dix sept ans, fut bouleversante.

 

 

J’étais partie sur le tournage d’un documentaire sur la famille de mon frère face au changement de régime, la rétrocession à la Chine de Hong Kong en 1997. J’ai entendu dire que Nan Huai Chin résidait dans ma ville natale, Hong Kong. Quelle chance pour moi !

 

Je devais absolument le trouver !

 

Après des mois de recherche, je fus stupéfaite de constater que plus personne ne s’intéressait à savoir où se trouvait l’un des plus grands maîtres spirituels chinois contemporains. Je perdis presque espoir. Il devait être non loin de Hong Kong, dans un ermitage à la campagne, dans une grotte au fond d’une île introuvable.

 

Le jour où je décidai de retourner à Paris, mon téléphone mobile sonna. J’étais dans une banque à Hong Kong, à faire la queue pour retirer de l’argent. Un des “disciples” de Nan Huai Chin m’invitait à le rencontrer.

 

A ma grande surprise, ce disciple m’emmena dans un gratte-ciel du centre ville, au quatrième étage d’un immeuble moderne s’appuyant sur la colline.

 

C’était un appartement bien aménagé, avec des meubles en bois rouge, et une très jolie statue de Bodhisattva Avalokita sur un autel. Enfin, devant moi, Nan Huai Chin, environ quatre-vingt ans, en tunique, coiffé d’un chapeau en velours fabriqué à Lille en France avec des cheveux argentés qui dépassent.

 

Sa première phrase fut le premier coup de bâton qu’il me donna :

“Liao Yi, tu devrais arrêter d’étudier le Bouddhisme !”

 

Ce n’était pas “Les nuages au Ciel”!

 

Je compris que ce que nous révéle Bouddha sur l’existence n’était pas à étudier, mais à vivre.

 

 

Deux ans plus tard, je revins chez lui, après le tournage d’un autre documentaire sur un voyage à la source de ma culture avec ma mère et ma fille sur le fleuve Yangzi, avant la finition du barrage des Trois Gorges.

 

Je lui ai montré mon poème sur la méditation.

 

J’ai reçu un deuxième coup de bâton :

“Liao Yi, tu es un chat aveugle qui a attrapé un rat dans un grenier.”

 

Je compris qu’il ne suffit pas que je sois sereine pendant la méditation, mais dans chaque pas que je fais, dans chaque acte que j’exécute, dans toute relation humaine que je noue, l’esprit de quiétude et la conscience y règnent... “Tout est Dharma”.

 

 

  Après le dîner toujours délicieux, j’ai eu la chance de l’entendre enseigner le “Soûtra du Diamant”. Et j'exprimai alors  ma forte envie de faire un film sur lui.

 

Il me répondit avec un rire florissant :

“Ce sera terrible pour moi... Si je me vois sur l’écran, j’atteindrai le nirvana !”

 

Depuis, à chaque fois que je retourne le voir, il se moque de moi,

“C’en est fini de moi... Bientôt le nirvana!”

 

Ce refus me rappelle ce qui est dit dans le Soûtra du Diamant :

 

“Bouddha demanda :”Que penses-tu, Subhuti, vient-il à l’esprit du Tathagata qu’il a expliqué le dharma ? Quiconque dirait cela parlerait faussement et donnerait de moi une image incorrecte en me faisant saisir ce qui n’existe pas. Pourquoi ?”

 

“Parce qu’on ne peut ni y trouver ni y découvrir le moindre dharma. C’est pourquoi il est appelé illumination suprême, juste et parfaite. En outre, Subhuti, ce dharma est identique à lui-même et rien n’y est contradictoire. Identique à lui-même grâce à l’absence d’un moi, d’un être, d’une âme, d’une personne...”

 

 

En 2005, après le repérage d’un documentaire “l’Esprit de Pékin”, je retournai à Shanghaï lui présenter ce texte inspiré par ses poèmes et ses enseignements.

 

Il est toujours aussi présent, éveillé, bienveillant, sévère et drôle à la fois. Il rit, disant qu’il ne comprend rien au français. Et il se met à me réciter ses poèmes en chantant à l’ancienne, la tête dansant au rythme de ses mots...

 

 

Un professeur de l’Université de Kwanchou vient avec sa femme pour des conseils. Il voulait se faire moine.

 

Avec humour, Nan Huai Chin lui donne un coup de bâton :

“Tu es bête ou quoi ?! Ta femme est si belle, et surtout elle t’aime tant !...”

 

Puis il raconte une plaisanterie érotique sous forme d'un poème chinois. Tout le monde rit.

 

“Pour toi, faire plus de blagues érotiques facilitera ton illumination ... pourquoi es-tu toujours aussi sérieux, avec une tête de bois ?”

 

Puis il pose mon texte devant lui.

 

“Ecoute, j’ai écrit ce poème après trois ans de retraite au Mont Emei :

 

 

De l’univers de glace et de neige,

l’oie sauvage s’en retourne

et vole libre et heureuse

parmi les dix mille eaux et mille montagnes.

 

 

Elle passe légèrement 

l’embarcadère dangereux

et se dirige vers le couchant lointain,

les fleurs de roseaux.

Elle pose ses pattes librement sur une branche haute.

 

 

 

C’était l’époque où les communistes ont combattu les nationalistes en Chine pendant la guerre... Le pays est en crise au soleil couchant. L’oie sauvage traverse l’embarcadère dangereux, elle pose ses pattes librement où elle veut... Si tu avais ce courage et cette liberté, tu pourrais te retirer... Avant cela, pas la peine...”

 

 

C’était la fête des mères. Ses “amis”  du monde entier l'appelaient au téléphone pour lui souhaiter bonne fête !

Un maître est Amour. Un amour inconditionnel, éternel, tendre comme celui d’une maman...

 

 

Des jours et des jours de bonheur auprès de lui, où je vois comment il donne des coups de bâton, pour stigmatiser son arrogance, à un vieux taoïste renommé, comment il compare les religions catholique, musulmane, hassidique pour éclaicir les questions posées, comment il apprécie le cinéma coréen pour me “pousser” dans mon chemin... Toujours avec beaucoup de rire et d’amour.

 

 

Juste avant mon départ pour Paris, j’ai reçu un message à mon hôtel disant qu’il voulait m’offrir les deux livres les plus récents rapportant ses derniers enseignements.

 

Avec ce cadeau précieux, je suis rentrée dans mon appartement parisien, réécrire une dernière version de ce livre. Rien n’est un hasard.

 

Je voudrais citer ses mots concernant ces soirées de bonheur qu’il nous offre :

 

“Croyez-vous que ces soirées avec vous ne sont que des bavardages ?... Je suis en train de m'intéresser à vous... Pour moi, ce n’est pas un jeu très drôle. Tous les jours, je dois rencontrer des gens que je pourrais ne pas rencontrer, écouter ce que je pourrais ne pas écouter, prononcer des mots que je pourrais ne pas prononcer...”

 

“La pratique des Bodhisattvas est un “ascètisme”. Il ne leur faut pas forcément mendier ou aller vivre dans une grotte. S'isoler dans une grotte est un ascétisme pour le Petit Véhicule. Les Bodhisattvas du Grand Véhicule reviennent dans le monde, exécutent des tâches difficiles et réalisent des choses presque impossibles. Subir des tortures” intolérables pour aider les autres.... Je pratique toute la vie cet ascètisme”...”

 

 

“Je viens vous demander la Voie,

vous ne m’avez rien dit.

Nuage au ciel,

eau dans le vase de terre.”

 

 

Les nuages descendent du ciel en un miroir d’eau sereine et sublime. Le vase de terre est le monde terrestre. L’eau dans le vase est généreuse et puissante. Elle peut faire fleurir un lotus, une rose. Elle peut désaltérer un voyageur, un enfant, un mendiant... Un maître de Ch’an, c'est cela...

       

Maître Nan a quitté son corps en sept 2013, je voudrais rends hommage à ce grand maître chinois contemporain en publiant sur ce blog un extrait du livre "Fleur de Chine - Parfum de Sagesse" que j'ai écrit grâce à une bourse d'écriture de Monlin d'André en 1998, inspiré de ces poèmes et ses enseignements. Le livre est sorti dix ans après par l'éditeur Guy Trédaniel en 2009.

Avec toute mon profonde gratitude.

   

Note :

Pour ceux qui veulent plonger plus profondément dans ce bonheur, je souhaite que beaucoup d'autres traductions soient faites des livres rapportant les enseignements de Nan Huan Chin. En attendant, on peut se contenter de "l’expérience de l’éveil" qui traduit en français par Catherine Despeux avec ses collaborateurs, un tiers du livre “Comment Pratiquer le Dharma”  dans lequel Nan Huan Chin explique les quatre étapes de « dhyâna » et beaucoup de koans des maîtres Ch’an anciens etc... D’autres œuvres importantes concernant le sujet sont :

 

1-    Qu’est-ce qu’on raconte dans le Soûtra du Diamant ? ”    

2-    “Le commentaire contemporain sur le Soûtra du Sûramquma”  

3-    “Dialogues pour ceux qui pratiquent le Dharma: 1- Discussion sur l’expérience de la Kundalini du tantrisme tibétain ; 2- La pratique du Dharma et la transcendance des cinq agrégats”  

4-    “Enregistrement de la pratique de Ch’an” (Enregistrements sur les séminaires de sept jours de Ch’an guidés par Nan Huai Chin) 

5-  “Sous la Pluie de Fleur, Maître Weimo fait ses sermons”

 

FLEURdeCHINE jaquette(6)

 

 

 

 

 

 

 

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