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ECOLE LIAO CH'AN QI GONG - Qi Gong/ Méditation/ Médecine Chinoise   www.ecole-qigong.com

L'EXTRAIT DU LIVRE INÉDIT DE MAÎTRE LIAO

6 Octobre 2015 , Rédigé par LIAO CH'AN QI GONG

PENDANT LE STAGE QI GONG DU PRINTEMPS ÉTERNEL, MÂITRE LIAO NOUS A PARTAGÉ SON LIVRE INÉDIT LORS DE LA MÉDITATION

Oser vivre et oser mourir

(extrait du livre inédit "L'Art de Vivre -Clés d'une Vie épanouissante" écrit par Liao Yi LIN 2009)

Nous sommes hantés consciemment ou inconsciemment par l’idée que notre vie finira un jour. La peur de mourir est la source de toutes les peurs : la peur de vivre, la peur de changer, la peur de l’inconnu, la peur de vieillir, enfin la peur de sauter dans le vide.

Chaque individu est obligé d’affronter cette peur inévitable. Ceux qui tentent d’y échapper s’enfoncent davantage encore dans une impasse. Ils trébuchent dans leurs actions, ils manquent d’élan pour vivre, pour créer, pour oser… Et rien n’est plus dangereux qu’une peur refoulée. Beaucoup de criminels, d’assassins, tuent les autres avec inconscience pour se débarrasser de leur propre peur de mourir. Cette peur profonde est souvent manipulée par les politiciens pour lancer la guerre, semer des conflits sur terre, afin d’assurer leur pouvoir.

Une personne consciente doit faire face à cette peur innée. En occident, la mort est cachée dans les hôpitaux, dans les maisons de retraite. La mort devient un tel tabou qu’on ne veut même plus s’occuper humainement de la fin de ses proches au sein de nos familles.

Quand j’avais 7 ans, mon oncle est mort chez moi car mon père ne voulait pas qu’il meure seul à l’hôpital. Nous, les enfants, nous sommes occupés intensément de lui pendant six mois. Ces six mois d’accompagnement d’un mourant ont été une expérience importante qui m’a ouverte sur la conscience. Non seulement nous veillions jour et nuit notre oncle souffrant, mais nous nous préparions en même temps à lui dire au revoir avec des prières bouddhistes. J’ai été baignée dans cette atmosphère sacrée de bougies et d’encens…

Je me rappelle que nous achetions beaucoup de tortue à la coquille en pièce d’or, mon père nous dit que la coquille de tortue aide à soigner les personnes atteintes du cancer du foie. C’était avec beaucoup d’amour que nous remerciions ces tortues qui consacraient leurs vies à essayer de sauver notre oncle.

Je n’oublierai jamais cette scène émouvante où les trois enfants transportaient soigneusement des paniers de tortues au bord de la mer. Avec beaucoup de joie, nous les posions une par une dans l’eau pour qu’elles rejoignent l’océan… Elles couraient toutes en avant pour retrouver la liberté et la vie… La mort de mon oncle a rendu la vie aux tortues !

Dès notre plus jeune âge, nous acceptons que la vie et la mort sont essentiellement liées. Le début et la fin cohabitent étroitement ensemble. Voyant partir mon oncle, j’ai décidé de rechercher quel est le sens de la vie entre son début et sa fin. J’ai ainsi fait quatre ans d’études de philosophie pour me documenter sur les réponses des sages orientaux et occidentaux à l’université Chinoise de Hong Kong. Ensuite, je me suis aventurée seule en Occident, mon sac sur le dos, j’ai choisi Paris pour commencer mon périple occidental. Je suis partie seule chez beaucoup de tribus primitives en Chine et en Amazonie. Je souhaite continuer à m’aventurer sans cesse là où la vie peut me mener pour la joie de vivre. Je remercie profondément la mort de mon oncle qui m’a ouverte à l’immense richesse de la vie.

Plus nous osons affronter la mort, plus nous vivons. Plus nous vivons sans nous retenir, faisant face à tous les dangers, moins nous avons peur de la mort. Ceux qui n’osent pas prendre des risques dans leur vie auront beaucoup de remords et de peur quand ils vieilliront. Votre mort est le sommet ultime de votre vie. Si vous vivez mal, vous mourrez mal. Si vous vous accrochez à la vie au moment de votre mort, c’est parce que vous n’avez pas bien vécu. Vous ne vivez pas totalement et joyeusement. Vous ne vivez pas heureusement, c’est parce qu’au fond vous avez peur de mourir. Voila un mauvais cercle vicieux, un nœud à défaire par chacun de nous …

J’ai lancé des stages de qi gong et de méditation sur le thème de la vie et la mort. J’encourage les participants à accompagner avec leur pleine conscience leurs parents mourants. Si la vie nous donne beaucoup, la mort nous offrira tout autant. C’est le moment du grand apprentissage de l’amour et de la vie… C’est le moment de nous abandonner, de nous laisser aller. C’est une grande chance de la réconciliation avec soi-même et avec les autres.

Le travail de souffle dans le qi gong peut aider non seulement les vivant mais aussi des mourants à traverser ces moments physiques difficiles… La clé pour affronter la peur de la mort, c’est la méditation. La méditation n’est pas une concentration. C’est une détente totale dans votre être qui fait disparaître le mur entre vous et l’existence. Vous rejoignez le courant de la vie, la source de votre énergie de vivre. Vous êtes libéré de votre passé, de votre corps, de votre personnalité, vous êtes simplement là avec le reste. Vous rentrez dans un vaste univers où aucune frontière n’existe. Même la mort immédiate ne peut pas vous séparer de cet immense bonheur d’être.

Une personne en état de méditation sait que la mort n’est rien. Vous quittez le corps et votre pleine conscience reste intacte. La méditation est un lâcher prise total pour se plonger dans le vide cosmique. L’ego n’est qu’une vague d’océan. Dans ce vide océanique, notre ego, notre personnalité, nos pensées, nos passés n’existent plus. Vous ressentez profondément une plénitude de bien-être car vous rejoignez le cœur de l’existence, vous vous mêlez au Tout. Cette vérité dépasse tous les débats religieux. Quelles que soient vos croyances, quels que soient les dieux que vous vénérez, au moment de la mort, la seule vérité que laquelle vous pouvez compter, c’est simplement cette vérité -là.

Je souhaite que dans le monde du futur, l’hôpital consacre un espace spécial aux mourants. Donner aux mourants un environnement serein d’amour et de prières, un enseignement de méditation pour préparer une belle et paisible mort.

Dans les années qui viennent, l’euthanasie va devenir un enjeu dans beaucoup de pays pour ceux qui désirent vivre une bonne mort. Pourquoi maintenir la souffrance des mourants quand ils ont décidé de quitter le corps qui les torture ? Personne n’est autorisé à vous imposer la souffrance. Personne n’a le droit de prolonger la souffrance morbide, surtout pas un Dieu aimant…

Rendre la mort plus consciente et plus belle est ce qui peut rendre la vie plus vivante et plus joyeuse… L’homme futur sera un homme sans peur, un homme total qui aimera la mort comme la vie ! C’est avec ce bel esprit que l’homme peut vivre une vie longue et épanouissante.

En Orient, nous respectons les personnes âgées, car elles ont beaucoup d’expérience, elles incarnent la sagesse. En Occident, la vieillesse représente la mort. Dans une civilisation moderne qui s’appuie sur la science, les jeunes dépassent facilement les vieux. Les vieux sont considérés comme démodés, ignorants. Mais en vieillissant, les occidentaux perdent peu à peu le goût de la vie. Cette mentalité les tue avant la mort.

En Chine, après la retraite, c’est le deuxième printemps pour les personnes âgées. Ils deviennent même plus actifs et plus heureux que lorsqu’ils étaient jeunes. Ils n’ont plus alors de fardeaux, plus de responsabilité vis à vis des enfants. Ils ont vécu la lutte, la frustration des désirs, ils arrivent à un moment où ils lâchent profondément leur ego, leurs obsessions, leurs exigences, ils vivent sans rien réclamer à la vie… Dans la Chine ancienne, être vieux égale être sage. Les anciens ont traversé des épreuves, ils ne sont pas seulement vieillis mais grandis. Ils ne deviennent pas un fruit pourri mais un fruit mûr. Ils gagnent le respect des autres. Ils ont atteint un sommet que les autres envient. Ils retrouvent l’état serein et libre du nouveau né.

Il est temps qu’on change la mentalité concernant la vieillesse. Quand vous arriverez à accueillir la vieillesse comme un beau paysage du crépuscule, vous pourrez apprécier les rides sur votre visage, les cheveux blancs argentés sur votre tête. Tout a son propre sens, sa propre beauté. Alors tout moment de la vie est nourrissant, même la mort devient excitante. Qui sait, après la mort, une autre vie et une autre mort encore plus enrichissante et intéressante sont peut-être en train de vous attendre…

Pour finir, je cite encore les paroles de l’éternel centenaire Lao Tze, qui n’appartient pas uniquement à la culture chinoise, mais au monde entier, pas uniquement aux Chinois mais à l’humanité :

Ayant atteint le vide parfait,

je me laisse porter par l’aile puissante du silence.

Face à l’agitation fourmillante des choses,

je contemple leur Retour.

Retourner à son origine, c’est retrouver la quiétude.

Dans sa demeure véritable, c’est renouer avec son destin.

Retour à sa Destinée a pour nom Constant;

connaître le Constant, c’est l’illumination,

l’ignorer, c’est courir aveugle au malheur.

Qui connaît le Constant, embrasse tout.

Impartial, il agit royalement.

Royal, il atteint le divin.

Le divin atteint,

il est uni au Tao et se trouve désormais au-delà de tout péril.

Rien ne peut le toucher,

pas même la mort.

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